# L'écran d'épingles

**L'essentiel.** L'objet le plus étonnant du cinéma d'animation, et quasi inconnu en dehors. Il est né d'un
problème esthétique résolu par une compétence d'ingénieur : **Alexandre Alexeïeff**, graveur russe exilé en
France après 1917, voulait animer sa gravure ; **Claire Parker**, américaine diplômée du MIT, a construit
l'instrument.

- **Fabrication** : une plaque d'environ 1 m sur 1,33 m, garnie de 50 000 à un million d'épingles très fines,
  toutes posées et graissées **à la main**, une par une. Aucun procédé industriel, ni à l'époque ni
  aujourd'hui.
- **Principe optique, et c'est ce que tout le monde rate : ce n'est pas l'écran qui est filmé, c'est l'ombre
  des épingles.** Un projecteur éclaire la plaque à 30 ou 45 degrés, la caméra est en face. Épingles levées,
  ombre longue, donc noir ; épingles enfoncées, blanc ; à moitié, tous les gris. D'où le rendu de gravure.
- On ne pousse pas avec les doigts : chaque auteur **fabrique ses outils**, culs d'ampoules de différents
  diamètres, éponges, pour presser sans casser et obtenir des dégradés.
- **Premier film : « Une nuit sur le mont Chauve » (1933-34)**, sur le morceau de Moussorgski que Disney
  reprendra dans Fantasia en 1941, donc **avant** Disney. Environ 80 % d'écran d'épingles, plus de la
  surimpression.
- **Orson Welles** est tombé amoureux du procédé vers 1940 et a demandé dix fois à Alexeïeff et Parker de
  travailler pour « Le Procès ». Refus répétés, jusqu'au jour où ils ont eu besoin d'argent : ils ont fait le
  prologue, en images fixes.
- **Généalogie** : Alexeïeff et Parker jusqu'en 1970, puis l'écran est vendu à l'ONF. **Jacques Drouin** reste
  seul dessus environ vingt-cinq ans (« Le Paysagiste », où un peintre entre dans son tableau ; il tournait
  certaines séquences **à l'envers** parce que la transformation était plus simple dans ce sens). Puis
  **Michèle Lemieux**, douze ans pour un film, qui travaille par carnets.
- **Deux écrans Alexeïeff-Parker seulement sont en état de marche dans le monde.** Un seul jusqu'en 2015, le
  CNC en a restauré un second. L'accès est réservé aux sept ou huit animateurs formés lors de l'appel de 2015,
  et la file d'attente court jusque vers 2030. **Alexandre Noyer**, à Annecy, en fabrique des neufs : environ
  9 000 euros monté, 5 000 en kit, la différence étant le temps de pose des épingles.
- **Le témoignage que tous répètent** : ils ont l'impression de travailler avec un être vivant, qui obéit,
  désobéit et propose des choses de lui-même. Technique réputée la plus difficile et la plus belle.

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Complément : https://atelierenmouvement.fr/fiches/pdf/03-ecran-epingles.pdf
