L’essentiel. Un secteur au coût horaire record et à l’emploi en recul, très international et très dépendant de la commande étrangère.
**Les chiffres 2025 (CNC, Le marché de l’animation en 2025).**
- 282 heures de production audiovisuelle aidée, -10 % en un an, sous la moyenne de la décennie.
- Mais un coût horaire de 896 600 euros, deuxième plus haut niveau historique, +35,8 % en dix ans.
- Les apports horaires des diffuseurs (222 300 euros) et du CNC (171 100 euros) sont à leur record historique : l’argent public et celui des chaînes montent quand le volume baisse.
- 16 films d’animation agréés, record pour l’initiative française. Sur dix ans, un coût moyen de 10,49 millions d’euros par film, contre 4,94 pour la fiction et 0,72 pour le documentaire : l’animation est le genre le plus cher du cinéma français.
- Le genre le plus international : 69,7 % des films coproduits avec l’étranger contre 43,7 % pour la fiction, 28 pays concernés, la Belgique en premier partenaire (65 films).
- Mais les apports étrangers s’effondrent : 19,5 % des devis, plus bas niveau depuis 2000, -34 % en un an ; et la prestation pour l’étranger recule (39 œuvres au crédit d’impôt international contre 63 en 2023, 136,8 millions de dépenses en France contre 229,9 en 2023).
- La France reste 3e producteur mondial, derrière le Japon et les États-Unis. Les Gobelins domine le classement Animation Career Review 2025 hors États-Unis, avec sept écoles françaises dans le Top 50.
L’emploi. 206 sociétés, 9 149 salariés, -8,1 % d’effectifs, -10,1 % de masse salariale. 82 % d’intermittents, dont le volume horaire tombe à 777 heures par personne contre 923 en 2023. Et les primo-entrants chutent de 27,7 % : ce sont les nouveaux qui paient la crise, dans un secteur dont les écoles continuent de diplômer.
Ce que l’informatique a fait aux métiers (mémoire de Mei Caouissin, 2025, entretiens inédits).
- La trace-gouache, métier à 90 % féminin en France, disparaît vers 2000 avec la mise en couleur par ordinateur. Les femmes concernées se reconvertissent, et beaucoup accèdent alors à des postes créatifs.
- Les hommes « restaient dans le papier et dans le noir et blanc », et passent à l’ordinateur plus tard, vers 2010, par le storyboard, parce que des logiciels dédiés apparaissent.
- Aujourd’hui 65,3 % de femmes dans la gestion de production, le métier le plus féminisé, et le premier qui a accueilli l’ordinateur.
- La délocalisation suit la même logique : on délocalise d’abord ce qui est répétitif et sans enjeu culturel, donc la trace-gouache, donc les femmes. Europe centrale dès la fin des années 1980, puis Asie, systématisée vers 2002.
Ce que les écoles n’enseignent pas. Les associations Les Intervalles et Cellofan' leur reprochent de ne pas transmettre les droits : des étudiants de dernière année demandent une heure sur les statuts (intermittent, artiste-auteur, freelance) et s’entendent répondre qu’il faut finir les courts métrages. Tout s’apprend ensuite sur le premier emploi, par les collègues.