L’essentiel. Les jouets optiques ne sont pas des jouets : ce sont des objets scientifiques, et c’est par la science que le cinéma arrive.
- Le folioscope (flip-book), vers 1860, apporte deux progrès décisifs. D’une part on n’a plus besoin de l'interstice matériel, la fente du zootrope, pour décomposer le mouvement. D’autre part et surtout, il accompagne l’invention du dixième de seconde.
- Jusque vers 1830, la seconde est pensée comme indivisible. Les horloges comptent les secondes depuis le XVIIe siècle, mais personne ne les divise. Il faut un retournement de l’esprit, vers 1850-1860, pour que la seconde se décompose. Sans dixième de seconde, pas de vingt-quatrième de seconde, donc pas de cinéma. Ce retournement vient des physiciens, des mathématiques, et aussi du sport et de son besoin de chronométrer.
- Émile Reynaud montre comment s’écrit l’histoire. Son praxinoscope est un zootrope amélioré ; il en tire le théâtre optique et les « Pantomimes lumineuses » au musée Grévin, en 1892 : projection publique, pellicule perforée, spectacle de cinq à dix minutes qu’il accompagne lui-même et dont il maîtrise le défilement, au point de pouvoir avancer et reculer. Tous les éléments du cinéma sont là.
- Les historiens l’écartent pourtant au profit du cinématographe Lumière, avec deux arguments techniques : sa pellicule est en gélatine et non en celluloïd, et ses perforations sont au milieu et non sur le côté. C’est l’histoire des vainqueurs : le vainqueur du cinéma, c’est la fiction en prise de vue continue.
Prolongements contemporains à projeter. Alexandre Dubosc et ses gâteaux animés. Theodore Ushev, clip « Demoni », qui rejoue le disque et le stroboscope. Stephen Irwin, « The Black Dog’s Progress », qui fait du folioscope un mécanisme narratif.